Cinergie Agir contre l'exclusion professionnelle des personnes handicapées
EchoCinergie
Inapte au poste
Travailler avec
Maladies psychiques et vie sociale
Aménagement du temps de travail

Publications - EchoCinergie N°11

Interview de Thierry Hennion
Président de l'association Cinergie

« soutenir Cinergie
c'est agir contre l'exclusion professionnelle
des personnes handicapées »
Thierry Hennion

Q : En juin 1999, Cinergie avait un stand à Lille et surtout on vous avait vu organiser le symposium sur handicap et travail. Et jusqu'à ce nouvel EchoCinergie, plus d'information, que s'est-il passé pendant ces 18 mois ?

Lors du congrès de Lille, les médecins impliqués dans le groupe de travail Cinergie de la Fédération Française de Médecine du Travail ont décidé de constituer l'association Cinergie. Il a fallu beaucoup s'investir pour s'organiser, trouver des locaux, bâtir l'association en quelque sorte. Nous avons préparé un programme d'actions et cherché les moyens financiers afin de le mener à bien. Aujourd'hui, tout ce travail de fond se concrétise, et nos actions deviennent visibles.

Q : Cinergie est toujours lié à la Fédération Française de Médecine du travail ?

Il n'y a ni crise, ni prise de distance. Cinergie est un adhérent de la Fédération Française de Médecine du Travail et par ailleurs un représentant de la F.F.M.T. est membre du conseil d'administration de Cinergie. Depuis 10 ans, le groupe FFMT-Cinergie a témoigné de l'implication de la fédération sur la question de l'emploi des personnes handicapées, et son soutien reste total. On peut dire que Cinergie a atteint une certaine maturité, et qu'il a acquis les moyens de son autonomie. De plus, des personnes, des structures, intéressées pour travailler avec les médecins de Cinergie, ne voyaient pas la nécessité de se rapprocher de la fédération puisqu'elles n'intervenaient pas dans le champ de la médecine du travail. Aujourd'hui, Cinergie peut les accueillir.

Q : L'objet de l'association reste-t-il proche des objectifs du groupe de travail antérieur?

Cinergie conserve les mêmes orientations et les élargit. Les productions « Inapte au poste, Que faire ? » et « Travailler avec » sont poursuivies, et l'on s'oriente aussi vers la conception d'ouvrages techniques destinés à un public plus large que celui des seuls médecins du travail. A titre d'exemple, un travail est en cours sur l'adaptation du secourisme aux personnes handicapées ; un autre associe médecins du travail et psychologues du travail pour élaborer un guide sur l'approche psychologique de la personne handicapée ou en situation de désadaptation dans le cadre de l'entretien de médecine du travail.
L'objet social de l'association Cinergie est « d'agir avec les médecins du travail, de prévention et de soins contre l'exclusion du monde du travail des personnes en situation de déficit physique, psychique ou sensoriel ». Notre champ d'activité est technique, il vise le public médical avec une cible privilégiée, celle des médecins du travail, mais pas seulement. Nous voulons également être une référence technique auprès des médecins conseils, des médecins COTOREP, des médecins traitants, et de tous les professionnels de l'insertion ou du maintien dans l'emploi. C'est ainsi que nous recherchons des contacts avec des laboratoires pour diffuser « travailler avec une dépression » auprès de médecins psychiatres.
L'association est également ouverte aux ergonomes, psychologues du travail et autres acteurs. Nous ne nous limitons pas, non plus, à la réflexion sur « l'inaptitude », nous comptons agir pour éviter toute exclusion liée à un problème de santé et nous incluons dans nos « cibles » les 700 000 personnes pour lesquelles une restriction d'aptitude est signifiée chaque année.

Q : Est-ce que vous agissez aussi vers l'entreprise?

Il est vrai que « Inapte au poste, Que faire ? » se retrouve de plus en plus souvent dans la bibliothèque des responsables de ressources humaines. Mais c'est en apportant des outils, des connaissances opérationnelles aux médecins du travail, en facilitant le dialogue entre « tous les médecins du salarié », que nous apportons une cohérence et que nous facilitons l'action au sein de l'entreprise. C'est une voie à la fois directe, par le médecin du travail, et indirecte par une action élargie, et c'est notre pari pour changer le regard collectif sur la question santé-travail.
Cette démarche nous amène à tisser des partenariats au delà de la médecine du travail, afin que tous ces acteurs qui ont un même intérêt, qui ont des compétences et des regards particuliers et souvent complémentaires, se comprennent mieux. Déjà, le GEDER, groupement d'étude et de recherche en ergonomie de réadaptation, le CEDHYS, la fondation Falret, structure d'accompagnement de personnes atteintes de maladies mentales, mais aussi le CISME adhérent à Cinergie. Certains services de médecine du travail ont également compris l'importance de le démarche que nous avons entrepris et ont aussi adhéré à notre association, tout comme certains PDITH ou certaines cellules de maintien dans l'emploi. Nous espérons aussi que le travail engagé avec des psychologues du travail ou des ergothérapeutes s'accompagnera d'une représentation plus institutionnelle de cette profession au sein de Cinergie.

Q : Vous êtes aussi en contact avec les médecins de COTOREP ou les médecins conseils ?

L'association des médecins de COTOREP est en cours d'organisation. Elle est jeune et l'identification des médecins de COTOREP est aujourd'hui encore, difficile. Nous avons la volonté de nous faire connaître d'eux, et de travailler ensemble dans l'avenir. Quant aux médecins conseils, ils ont un positionnement qui les amène à porter un autre regard sur le salarié, mais nous devons échanger avec eux. Il n'existe pas de liaison aujourd'hui entre Cinergie et eux, mais nous espérons bien la construire.

Inapte au poste

Q : Concrètement, vous allez continuer à distribuer « Inapte au poste, Que faire ? »

Nous n'avons pas obtenu de subvention nous permettant de distribuer gratuitement cet ouvrage, et donc nous le vendons. J'attire votre attention sur la difficulté que représente un investissement de plus de 500 000 francs pour une association qui se crée, et qui ne dispose pas de fonds propres. C'est cette difficulté qui explique les délais de fabrication, et je remercie tout ceux qui nous ont fait confiance depuis plus d'un an de leur patience. Quoi qu'il en soit, inapte au poste est aujourd'hui disponible dans sa troisième édition, définitive puisque les fiches seront ré-actualisées au fur et à mesure des évolutions réglementaires ou législatives. Nous vendons également par souscription le classeur « Travailler avec... » qui sera nous l'espérons, compte-tenu des problèmes de trésorerie que j'évoquais précédemment, disponible au premier semestre 2002. Il se présente sous la forme d'un ensemble de 9 dossiers thématiques traitant chacun d'une pathologie. On y retrouve des informations sur la maladie, mais surtout sur les conséquences sur la vie privée et professionnelle et sur les compensations envisageables. Ce n'est, par conséquent, pas un « remake » des dossiers de l'Encyclopédie Médico-Chirurgicale, mais bien un travail orienté sur l'adaptabilité, réalisé à partir des expériences de terrain. Cet ouvrage pourra être complété par les dossiers techniques qui paraîtront à l'avenir dans chaque numéro d'EchoCinergie. Dans ce premier numéro, nous avons choisi de vous présenter le dossier « travailler après un traumatisme crânien ».

Q : Vous vous limiterez à ces actions éditoriales ?

Notre programme est plus large et nous développons nos actions de communication. Nous étions présents en 2001 aux journées du MEDEC, aux journées nationales de psychiatrie, au 1° colloque international des programmes régionaux de santé, aux journées de l'ADAPT et à diverses manifestations régionales. Pour les journées nationales de médecine du travail de 2002 qui se tiennent à Grenoble, nous préparons une intervention sur l'utilisation de l'informatique au service de la compensation du handicap. Et puis il y aura le salon Autonomic-Handitec, d'autres manifestations régionales ou nationales. Nous nous attachons également à développer un véritable réseau. A terme, nous voulons que dans chaque département, il y ait un relais Cinergie, dont la mission sera de faire connaître les actions de Cinergie dans sa région et d'être un observateur des réalisations locales pour les valoriser. Il sera là pour sensibiliser l'ensemble du corps médical, pour participer au transfert de savoir-faire, et pour aider à capitaliser l'ensemble des actions régionales.
La formation est par ailleurs un projet qui nous tient à coeur. Des contacts sont déjà pris avec des universitaires en santé au travail pour bénéficier de leur expertise. Nos liens avec les enseignants seront encore renforcés à l'avenir, et ce n'est pas un hasard si Jean-François Caillard, qui fut à l'initiative du groupe de travail Cinergie en 1992 est aujourd'hui président d'honneur de l'association Cinergie.
Enfin, nous souhaitons utiliser les avantages de ce nouveau média qu'est Internet pour porter l'image de l'association et permettre la mise en ligne de notre message, mais aussi de nos outils. Nous souhaitons créer à partir de ce site une banque de données recueillant les actions menées dans le cadre du maintien, et permettre ainsi leur analyse. Le site CINERGIE devrait voir le jour en 2002.

Q : La Fédération Française de Médecine du Travail a bénéficié de l'aide de l'Agefiph pour son programme « Cinergie », l'Agefiph vous apporte-t-elle aussi son soutien ?

Nous avons redéfini nos relations avec l'AGEFIPH, et elle nous a accordé un conventionnement pour les années 2001 et 2002.

Q : La participation au groupe de travail Cinergie de la fédération était libre. Dans une association, on adhère. Quel est le niveau d'engagement que vous demandez aux personnes intéressées par vos projets ?

L'engagement peut se faire de façon tout à fait adaptée, selon le degré d'implication souhaité par l'adhérent.
L'adhésion simple est un geste de soutien qui ne coûte que 50F. Ce geste, qui paraît simple, est lourd de signification. La redéfinition des missions des services de santé au travail doit intégrer l'adaptation des postes aux capacités des personnes et la question du maintien dans l'emploi. Les pouvoirs publics attendent de notre profession un geste fort, et le soutien qui sera ou ne sera pas accordé à Cinergie, peut avoir des conséquences.
Certains peuvent souhaiter s'engager de façon plus active, et intégrer des groupes de travail. C'est maintenant possible. Par exemple, si vous souhaitez rejoindre le groupe « travailler avec des troubles de l'éveil et du sommeil » parce que vous avez acquis une expérience dans ce domaine, faites acte de candidature auprès de Cinergie. Nos groupes sont constitués de 4 ou 5 personnes, se réunissent environ 4 fois, et gèrent un budget de fonctionnement.
Une autre forme d'engagement consiste à nous rejoindre pour créer une animation CINERGIE dans votre département ou dans votre région. Une aide technique vous sera apportée.
Enfin, certains médecins participent au fonctionnement de la structure de l'association. Des chefs de projet s'occupent de pôles particuliers, coordonnent des groupes de travail, actualisent « Inapte au poste, Que faire ? », participent à la rédaction d'EchoCinergie, etc...

Q : Agir contre l'exclusion professionnelle des personnes handicapées est un champ assez « encombré ». Comment vous situez-vous par rapport aux autres organismes qui poursuivent le même but? la FNATH ? le GIRPEH ? les PDITH ? les associations de malades ?

Notre champ d'activité est très spécifique : nous abordons la problématique sous un angle technique. A terme, nous souhaitons devenir la référence technique sur l'employabilité des personnes atteintes de déficience physique, psychique ou sensorielle. Certains PDITH ont adhéré au titre des personnes morales à Cinergie parce qu'ils ont perçu l'apport que nous représentons. Avec les associations de malades ou la FNATH, les liens sont aujourd'hui très faibles, mais nous pouvons nous rapprocher de certaines de ces associations pour travailler sur le plan technique, ce qui fut souvent le cas pour les dossiers « travailler avec ». C'est par exemple ce qui se fera avec ARCAT Sida, afin qu'un nouveau regard soit porté sur l'employabilité des personnes atteintes de SIDA, tenant compte des progrès liés à l'évolution de la thérapeutique. Nous établirons avec ces divers organismes la même éthique et le même code relationnel que celui que nous mettons en place depuis trois ans avec les acteurs de terrain :

  • considérons que chacun est unique dans ses compétences
  • soyons une force de proposition active et positive.

Cinergie, c'est la synergie!

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