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Travailler avec un trouble de l'éveil ou du sommeil

Nos documents-guides sont destinés aux professionnels exerçant dans le champ médico-social.
Les éléments proposés au lecteur ont pour objectif de lui donner des repères et une aide à la résolution des situations complexes.
Ils ont une valeur purement indicative, et sont à adapter à chaque situation particulière, associant étroitement la personne concernée et l'équipe médico-sociale.
Notre démarche a pour objectif d'agir contre l'exclusion du monde du travail des personnes en situation de déficit physique, psychique ou sensoriel.

Les utilisateurs sont invités à participer à la valorisation de nos dossiers, et à leur actualisation en les enrichissant de leur expérience personnelle.

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Introduction

La prévalence des troubles du sommeil est élevée dans la population générale. 20% des personnes, en France, souffrent d'insomnie. 4 à 10% sont de plus atteintes d'une pathologie de l'éveil avec somnolence diurne.
Ces troubles ont des conséquences sur la vigilance diurne donc sur la vie professionnelle. Ils ont un retentissement économique et sur la qualité de vie.

1/ le problème de santé

Le sommeil peut être perturbé

  • dans sa durée (allongé ou raccourci),
  • dans son organisation interne (fragmentation, déficit des stades de sommeil lent profond ou du sommeil paradoxal),
  • ou dans son rythme (réveil forcé par exemple).

Les insomnies retentissent sur la qualité du travail. Les hypersomnies peuvent avoir des conséquences sur l'aptitude au travail.
Inversement, les conditions de travail peuvent retentir sur le sommeil, c'est le cas du travail posté, du décalage horaire, de la charge physique et mentale.


1/ Classification des troubles du sommeil et de la vigilance

La somnolence diurne excessive est liée à des facteurs intrinsèques :

  • des désordres respiratoires à l'origine du syndrome d'apnées du sommeil et du syndrome de résistance des voies aériennes supérieures,
  • des désordres neurologiques à l'origine de la narcolepsie et de l'hypersomnie idiopathique,
  • des mouvements périodiques du sommeil.

Elle peut aussi découler de facteurs extrinsèques, les troubles du rythme veille-sommeil ( par exemple travail posté) ou la privation chronique du sommeil.

Les insomnies sont ou non d'origine organique.

Parmi les causes organiques, on retrouve les pathologies liées au sommeil, syndrome d'apnées du sommeil, syndrome de résistance des voies aériennes supérieures, mouvements périodiques du sommeil.

Les étiologies non organiques sont liées à

  • des facteurs intrinsèques : anxiété, dépression, maladie psychiatrique ou syndrome de retard de phase
  • des facteurs extrinsèques : environnement (bruit, chaleur), alimentation (caféine, alcool, nicotine), mauvaise hygiène de sommeil (variation des heures de coucher et/ou de lever), conditions de travail (horaires irréguliers), consommation de médicaments (corticoïdes, antidépresseurs).

Enfin on classe les insomnies psycho-physiologiques, comportementales ou d' « entrainement ».

Nous développerons la clinique de 3 troubles du sommeil : le syndrome d'apnée du sommeil, la dette chronique de sommeil et la narcolepsie.


2/ Le syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAS)

C'est la répétition d'apnées de durée supérieure à 10 secondes au moins 5 à 10 fois par heure de sommeil. Il concerne 5 à 10% de la population adulte avec une fréquence maximale entre 40 et 50 ans et une nette prédominance masculine. Les complications sont d'autant plus importantes que l'index d'apnée (IA) est élevé. C'est un problème de santé publique.

Le mécanisme étiologique le plus fréquent des apnées obstructives est la diminution de la surface des voies aériennes supérieures par plusieurs types de lésions :

  • les anomalies des parties molles du pharynx, avec allongement et/ou épaississement du voile, hypertrophie amygdalienne, infiltration graisseuse ou tumorale dans les parois postéro-latérales du pharynx, macroglossie ;
  • les anomalies des structures osseuses maxillo-faciales, rétrognatie et/ou micrognatie, recul ou hypertrophie du maxillaire inférieur

Dans des cas plus rarement rencontrés, on retrouve une hypothyroïdie, une amylose, une acromégalie, un lymphome ou un cancer pharyngé.

Les signes cliniques en faveur d'un SAS sont :

  • des symptômes diurnes :
  • somnolence diurne excessive ( évalué par le score de l'échelle d'EPWORTH)
  • asthénie chronique ( dès le réveil)
  • troubles inexpliqués de l'efficience intellectuelle, de l'humeur ou du caractère
  • troubles sexuels (baisse de la libido)
  • céphalées matinales (plus rares)
  • des symptômes nocturnes :
  • ronflements (anciens, sonores, gênants)
  • pauses respiratoires épisodiques ( constatées par le conjoint)
  • sensation d'asphyxie (bouche sèche)
  • polyurie
  • des complications cardio-respiratoires de plusieurs types :
  • l'hypoxémie nocturne, surtout en présence de bronchopneumopathie chronique obstructive
  • l'hypoventilation alvéolaire permanente (syndrome de Pickwick)
  • l'hypertension artérielle pulmonaire ( en absence de traitement)
  • l'hypertension artérielle systémique ( le SAS est un facteur de risque d'HTA indépendant de l'obésité et de l'âge dans 30 à 50% des cas)
  • les arythmies cardiaques
  • la surcharge et l'hypertrophie ventriculaire gauche
  • l'ischémie myocardique (angor nocturne ou ischémie silencieuse)

Les examens complémentaires

La polygraphie ventilatoire, simple enregistrement nocturne des paramètres respiratoires et de l'oxymétrie permet un dépistage rapide et une surveillance de l'évolution sous traitement.


3/ La dette chronique de sommeil

Encore appelée insuffisance de sommeil, c'est un trouble survenant chez un individu, qui de façon persistante n'obtient pas la quantité de sommeil suffisante pour avoir ensuite un niveau d'éveil normal.
Elle concerne 25% de la population en moyenne et représente certainement la cause la plus importante de somnolence chez les personnes qui travaillent à horaires irréguliers ou atypiques.

On distingue 2 mécanismes étiologiques :

  • la privation sélective, par SAS, syndrome des mouvements périodiques nocturnes, douleurs nocturnes, stimuli externes ( bruit, lumière, température). Les éveils nocturnes excessifs sont à l'origine d'une fragmentation du sommeil et de sa destructuration qualitative.
  • la réduction du temps total de sommeil.
    Elle a pour origine un problème comportemental avec inadéquation entre les besoins physiologiques de l'individu et la durée totale de sommeil effective.
    Elle peut être liée aux horaires de travail qui obligent à varier les horaires du lever et du coucher, et diminuent le temps total de sommeil (1 à 2 heures par nuit sur plusieurs jours consécutifs). Deux motifs expliquent la dette de sommeil liée au travail posté :
  • la désynchronisation avec décalage entre le rythme naturel de sommeil et le rythme imposé par l'environnement socio-professionnel,
  • le réajustement permanent avec des changements fréquents du rythme veille-sommeil en fonction des différents postes et entre les périodes de travail et de repos.

Les signes cliniques

  • le principal symptôme est la somnolence diurne qui apparaît électivement l'après-midi ainsi qu'avant ou après les repas,
  • le réveil est plus tardif les jours de repos,
  • dans les tâches demandant une attention soutenue, il y a une diminution des performances,
  • de nombreux autres signes peuvent apparaître, une irritabilité, des troubles de la coordination, de l'appétit, des troubles gastro-intestinaux, des acouphènes.

Examens complémentaires

On peut pratiquer des tests avec les échelles subjectives, échelle d'Epworth, et la polysomnographie.


4/ La narcolepsie

C'est une hypersomnolence diurne, d'origine multifactorielle (facteurs génétiques et environnementaux), handicapante du fait d'accès de sommeil irrésistibles, récurrents et d'épisodes d'atonie musculaire pouvant gêner considérablement l'activité : les cataplexies.
Sa prévalence est estimée à 25 à 50/100000, soit la fréquence de la sclérose en plaque, elle est sous diagnostiquée : seulement 25% des cas de narcolepsies seraient actuellement diagnostiqués.

Les signes cliniques

On trouve 2 types de signes,

  • des signes cardinaux : la somnolence diurne excessive avec accès de sommeil irrésistibles et la cataplexie ou abolition du tonus musculaire à déterminisme émotionnel ( rire, humeur, colère, etc...)
  • des signes auxillaires : des hallucinations hypnagogiques ( à l'endormissement) ou hypnopompiques ( au réveil) en général auditives ou visuelles, une paralysie du sommeil souvent très anxiogène, un mauvais sommeil ( rêves, mouvements périodiques des membres, troubles du comportement du sommeil paradoxal)

Les examens complémentaires

  • sur la polysomnographie : endormissement en sommeil paradoxal, désorganisation du sommeil avec micro-éveils
  • au test itératif de latence d'endormissement (T.I.L.E) : en cas de somnolence diurne excessive, le T.I.L.E est inférieur à 8 minutes ; en cas de narcolepsie il est inférieur à 2 minutes et par convention comporte au moins 2 endormissements en sommeil paradoxal, son intérêt est de permettre le diagnostic des cas litigieux et d'évaluer la gravité de la maladie.
  • le groupe HLA présent chez 99% des narcoleptiques est le groupe HLA DR2 DQ1 de dénomination en sous-allèles DR ISCI DQ06C2 ; l'absence de ces antigènes doit remettre le diagnostic en question et faire rechercher d'autres étiologies, en particulier les hypersomnies idiopathiques.

Les formes cliniques

Il y a des formes incomplètes sans cataplexie, ou avec cataplexie isolée ; des cas associés à un SAS ou à des mouvements périodiques des membres, des formes symptomatiques liées à une tumeur cérébrale, une sclérose en plaque, un accident vasculaire cérébral, un traumatisme crânien

Diagnostic différentiel : l'hypersomnie idiopathique, affection plus rare partage les mêmes conséquences sur l'insertion sociale.

  • cliniquement : somnolence diurne plus ou moins permanente, épisodes de sommeil diurne de longue durée , sommeil de nuit de longue durée, réveil laborieux, souvent marqué par une ivresse du sommeil.
  • la polysomnographie montre un sommeil de nuit de longue durée et d'architecture normale, une latence d'endormissement moyenne habituellement inférieure à 10 minutes, l'absence d'endormissement en sommeil paradoxal.
  • en immunogénétique, il y a augmentation de la fréquence HLA Cw2 et HLA DR5

2/ les conséquences pour la personne

Il existe une adéquation entre le retentissement et l'atteinte fonctionnelle liée au type de troubles du sommeil et à leur gravité

La somnolence

La somnolence excessive se caractérise par la survenue d'épisodes d'endormissement à des moments où il faudrait rester éveillé. La somnolence est très répandue dans la population générale, elle augmente avec l'âge.

Il existe plusieurs degrés de somnolence :

  • la somnolence légère est épisodique, elle ne se manifeste que lors des épisodes de calme ou de repos, par exemple être allongé au repos, au calme, regarder la télévision,
  • la somnolence modérée survient tous les jours lors d'activités monotones ne nécessitant pas une attention particulière,
  • la somnolence sévère survient tous les jours lors d'activités nécessitant une certaine attention, les personnes s'endorment facilement n'importe quand dans la journée, en conduisant, au travail ; l'impact social et professionnel est important.

La symptomatologie est aussi souvent polymorphe. Il est primordial d'avoir l'avis de l'entourage.

Le salarié peut présenter :

  • un tableau de fatigue, de perte d'énergie, de lassitude, troubles de la concentration, de l'attention
  • des difficultés d'adaptation, des réactions lentes inadaptées, des comportements automatiques
  • une diminution des performances et des capacités d'apprentissage et de mémorisation,
  • des épisodes d'hyperactivité, d'agitation, d'instabilité, d'énervement, de diminution de la disponibilité qui permettent de lutter contre les endormissements,
  • des malaises divers, vertiges, crises de tétanie, spasmophilie,
  • un risque d'endormissement inopiné et incontrôlé,
  • une dépression.

3/ les compensations

1/ de la somnolence

Dans tous les cas si la somnolence est trop importante, ne pas hésiter à dormir.
Il faut respecter en cela les consignes de sécurité routière : « dormir 15 minutes si la somnolence est trop importante, un somme de 15 minutes améliore la vigilance pendant environ 2 heures »

2/ des apnées

  • les règles hygiéno-diététiques agissent sur les facteurs associés que sont la surcharge pondérale, l'alcool
  • le traitement par pression positive continue (PPC) : c'est l'insufflation d'air sous pression dans les voies nasales avec un masque étanche relié à un compresseur ; la pression positive permet d'accroître le calibre des voies aériennes supérieures, c'est le traitement de première intention
  • plusieurs techniques de traitement chirurgical peuvent être proposées, en fonction des anomalies rencontrées : la chirurgie nasale, la glossectomie médiane, l'adénoïdectomie, l'amygdalectomie, l'uvulo-pharyngo-palato-plastie ( UPPP) ainsi que des traitements d'orthodontie comme les orthèses d'avancement mandibulaire

3/ de la dette chronique de sommeil

C'est l'adapatation d'une hygiène veille-sommeil et alimentaire basée sur les siestes et les collations en rapport avec le travail.

Quelques exemples de conseils si la dette est liée au travail posté :

  • éviter la double journée,
  • au poste du matin : sieste longue en début d'après-midi, collation au lever et petit déjeuner sur le poste de travail,
  • au poste du soir : ne pas trop prolonger la soirée, ni se coucher trop tard,
  • au poste de nuit : dormir le matin et collation adaptée dans la nuit,
  • pendant les repos, augmenter les temps de sommeil et faire un exercice physique régulier

4/ de la narcolepsie

Le traitement pharmacologique

  • traiter la somnolence diurne par un médicament éveillant c'est le modafinil ( modiodal), plus exceptionnellement par des dérivés amphétaminiques (methylphénidate, sclégiline) ou autres monoanaleptiques (sémoline, mazindol),
  • diminuer les accès de cataplexies avec des antidépresseurs tricycliques (clomipranine), des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (fluoxetine, paroxetine, sertraline) en première intention,
  • traiter le mauvais sommeil nocturne par des hypnotiques benzodiazépiniques ou non.

Les mesures non pharmacologiques

C'est l'hygiène veille-sommeil : horaires réguliers, sommeil suffisant, éviter les décalages horaires, faire des siestes courtes et répétées dans la journée.

4/ retentissement dans la vie courante

1/ le risque accidentel

Il faut informer le patient du risque accidentel qu'il encourt ou qu'il fait encourir à son entourage, en particulier si son traitement n'est pas adapté.
Les accidents de la circulation sont plus fréquents chez les narcoleptiques que dans la population générale, ils sont liés dans 66% des cas à des endormissements au volant et dans 29% à des accès cataplectiques.
Le risque d'accident ( accident évité de justesse) est évalué à 37% chez les narcoleptiques et à 5% dans la population générale. Ce qui explique que 16% des narcoleptiques ont des primes d'assurance auto plus élevées.
La dangerosité de la somnolence diurne est reconnue par l'arrêté du 7 mai 1997 qui fixe la liste des incapacités physiques incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire ainsi que les affections susceptibles de donner lieu à la délivrance du permis de conduire de durée de validité limitée.

2/ les conséquences sociales et familiales

Elles sont importantes si l'entourage ne saisit pas les besoins et le mode de vie des patients. La nécessité de faire comprendre ces maladies à l'environnement familial et professionnel est donc capitale.

5/ la personne en situation de travail

Le risque d'accident concerne aussi le poste de travail. Les perturbations de la vigilance peuvent altérer la sécurité au poste de travail.

En pratique certains se plaignent

  • d'une somnolence diurne anormale ou d'accès de sommeil récurrents
  • d'un allongement anormal de sommeil de nuit avec difficulté majeure à se réveiller le matin
  • d'une somnolence localisée le matin ou plus rarement en fin d'après-midi

D'autres enfin ne se plaignent d'aucun trouble, mais des difficultés professionnelles rapportées à la « fatigue » ou la répétition d'accidents du travail attirent l'attention.
En ce qui concerne la responsabilité du travail sur la qualité du sommeil, 20 à 30% des salariés des pays occidentaux travaillent de nuit ou en travail posté. De nouvelles professions de l'informatique et des communications imposent un travail en continu. Le travail de nuit des femmes a été étendu à tout type de profession.
L'organisation du travail posté doit tenir compte de la maintenance des installations et du respect de la législation sur la durée maximale de travail hebdomadaire. Les critères d'organisation sont liés à la continuité du poste, continu, discontinu ou semi-continu, au type de rotation (rythme court ou long, cycle du matin de l'après-midi ou du soir), à la présence d'équipes fixes ou alternantes.

Les facteurs contribuant à l'adaptation ou la désadaptation sont :

  • des facteurs chronobiologiques : une bonne adaptation des rythmes circadiens semble une bonne condition à l'adaptation au travail posté. Une bonne tolérance individuelle « à court terme » n'est pas synonyme d'une bonne tolérance à long terme. Des caractéristiques semblent être prédictives d'une meilleure tolérance au travail à horaires décalés : le sens de rotation (sens des aiguilles d'une montre), le caractère individuel « du soir », l'âge inférieur à 40 ans.
  • le « bon sommeil » est un facteur essentiel. Les signes d'intolérance sont les troubles de l'endormissement, l'insomnie, des éveils nocturnes et des difficultés de réendormissement, des réveils trop précoces
  • les facteurs domestiques, surtout chez les jeunes femmes avec des enfants en bas âge.

6/ rôle du médecin du travail

1/ La démarche diagnostique

Dépister un trouble du sommeil et de la vigilance

Compte tenu de la fréquence de ces troubles, de leur méconnaissance mais de leur retentissement sur la vie professionnelle, il faut s'attacher à les dépister par l'interrogatoire et les évoquer devant des difficultés professionnelles rapportées à la fatigue ou devant la répétition d'accidents du travail.
On peut utiliser un questionnaire de dépistage, le questionnaire de sommeil de l'Hôtel Dieu - Paris (LEGER D. ; Troubles du sommeil - PARIS - DOIN - éd 2001, p.30-35) ou le questionnaire mis au point par Dr E. Mullens. (www.svs81.org).
L'échelle d'EPWORTH permet de suspecter une somnolence diurne excessive si le score est supérieur à 10 (en annexe).
Un mini-questionnaire (Dr. MULLENS E. www.svs81.org ) permet de suspecter les 3 principales causes d'hypersomnolence au travail que sont l'insomnie chronique par dette chronique de sommeil, le syndrome d'apnées du sommeil et la narcolepsie.

Analyser la qualité du sommeil permet de distinguer les perturbations de l'éveil de celles du sommeil, responsable de la S.D.E.

  • En cas de perturbation de l'éveil, il faut évoquer une narcolepsie ou une hypersomnie idiopathique.
  • En cas de perturbations du sommeil, il faut envisager l'intervention de facteurs environnementaux (travail posté, syndrome de décalage horaire, non-respect des horaires et des besoins de sommeil, prise de toxiques ou d'alcool...) ou de problèmes médicaux (syndrome d'apnées du sommeil, insomnie, troubles du rythme circadien, maladies d'ordre général)

Evaluer un salarié souffrant de somnolence diurne excessive (S.D.E.)

Sur le plan clinique, la S.D.E. peut être difficile à évaluer pour plusieurs raisons :

  • la distinction entre somnolence et fatigue n'est pas aisée,
  • la S.D.E. correspond souvent à la récupération d'une dette chronique de sommeil,
  • elle peut être la conséquence de prise médicamenteuse,
  • enfin elle peut-être méconnue, surtout en cas d'accès bref mais intense pendant lesquels le jugement du patient peut être affecté.

Les difficultés de rendement au travail sont des indices indirects d'endormissement pendant les heures normales d'éveil.

  • L'AGENDA DU SOMMEIL peut préciser leur fréquence, il est le meilleur moyen d'investigation des troubles du sommeil (LEGER D. ; Troubles du sommeil - PARIS - DOIN - éd 2001, p.23), il permet l'auto- évaluation du sommeil sur une période prolongée
    · le patient remplit quotidiennement une grille horaire en représentant ses horaires de coucher, de lever, de sommeil, ses siestes et ses éventuels réveils nocturnes.
    · il précise le traitement pris.
    · il évalue la qualité de son sommeil, de son réveil, et son état psychologique avec l'aide d'échelles analogiques de 10 cm.

Orienter

Le médecin du travail oriente le salarié vers une structure spécialisée (liste en annexe) qui portera plus spécifiquement un diagnostic et pratiquera les examens complémentaires nécessaires ( actimétrie, enregistrement polygraphique du sommeil de nuit ou de jour, test itératif des latences d'endormissement, ou test de maintien de l'éveil).


2/ Prononcer l'avis d'aptitude

Quelle est la conduite à tenir en cas de suspicion d'un trouble de la vigilance ?

Le bilan clinique est la première étape, le médecin du travail va rechercher les éléments d'une pathologie organique ou psychologique à l'origine des troubles.

L'évaluation du poste de travail du sujet permet d'identifier des facteurs professionnels susceptibles d'expliquer les troubles de la vigilance (charge de travail, stress chronobiologique, dette de sommeil, etc,...) et les caractéristiques du poste de travail qui peuvent remettre en question l'aptitude médicale au poste (conduite, poste de sécurité).

Pour confirmer ces troubles, il faut demander un bilan paraclinique qui sera réalisé par un spécialiste du sommeil. Celui-ci commencera un traitement, si nécessaire en concertation avec le médecin traitant.
Le suivi est l'objet d'une collaboration tripartite entre spécialistes des troubles du sommeil, médecin traitant et médecin du travail. Les deux premiers évaluent l'efficacité du traitement et son impact sur les performances. Ces données permettent au médecin du travail, qui connaît par ailleurs les caractéristiques du poste de travail, de se prononcer sur l'aptitude du sujet au poste et de demander un aménagement de poste adapté aux capacités du sujet, s'il le juge nécessaire.

Pour les travailleurs atteints de trouble du sommeil et exposés à des risques accidentels graves

L'entretien médical permet d'apprécier l'opportunité de pratiquer une évaluation de la fonction veille-sommeil et l'intérêt d'adapter un éventuel traitement. Il est conseillé de prendre un avis spécialisé pour s'assurer de la réalité de la pathologie, du suivi thérapeutique et du bon maintien en équilibre, avec des tests spécifiques (test de maintien de l'éveil).

L'entreprise devra être consultée sur l'aménagement des trajets domicile-travail, une prise en charge par les transports en commun est envisagée

Les aménagements de postes et le reclassement devront être discutés pour les sujets déclarés inaptes à leur poste.

L'arrêté du 7 mai 1997 du code de la route concerne l'aptitude à la conduite automobile par rapport à différentes affections. La classe IV est celle de la neurologie et de la psychiatrie. On y retrouve les pathologies du sommeil, et troubles de la vigilance (apnée du sommeil, narcolepsie, hypersomnie idiopathique, et prise de psychotropes).
Ces pathologies sont « en principe une contre-indication à la conduite de tout véhicule ».
Pour les permis du groupe 1(B), une compatibilité temporaire est éventuellement admise.
Pour les permis du groupe 2 (C-D-E), l'incompatibilité est totale, sauf si le suivi et le bilan médical de contrôle, confirme l'amélioration.

Le patient doit être informé de sa pathologie par le médecin traitant et par le spécialiste des troubles du sommeil.
Il doit connaître les conséquences de cette pathologie sur ces aptitudes professionnelles, notamment en ce qui concerne la conduite.
Le médecin du travail est le seul juge de l'aptitude médicale au poste de travail. Il se prononce sur l'aptitude à la conduite indépendamment de l'avis de la commission de permis de conduire.


3/ Conseiller

En cas de troubles d'éveil, il faut s'assurer :

  • d'une meilleure répartition du travail dans la journée
  • de l'utilisation cohérente des horaires ultra-courts (phase de sommeil et de repos)
  • de l'information sur les périodes optimales de récupération (pression hypnique maximale aux alentours de 15 H et de 23H).

Les « troubles de l'éveil au volant » peuvent malgré la sévérité des lois, bénéficier d'une prévention concrète reposant sur l'information et l'orientation vers l'hygiène du sommeil et la gestion consciente de l'affection en cause.

Il faut savoir que « l'organisation du sommeil a des effets sur la qualité du sommeil » et donc sur la vigilance au travail.
Recommandations pour le travail posté
Il est du ressort du CHSCT et du médecin du travail d'aménager les conditions de travail pour aider à une meilleure tolérance au travail posté.

  • améliorer les repas (servir un repas chaud la nuit, distribuer des casse-croûtes et des boissons chaude ou froides)
  • élever l'intensité de la lumière (pour maintenir une bonne vigilance et obtenir une meilleure adaptation des rythmes biologiques)
  • gérer des pauses (pour une vraie coupure, avec des siestes utiles en cas de tâches de surveillance ou de contrôle)
  • faciliter les transports individuels (parking en entreprise)
  • favoriser la prise en charge sociale (garde d'enfants)

En cas d'intolérance au travail posté, la meilleure solution n'est pas la soustraction au risque en proposant le retour au travail de jour. Son application est parfois difficile, mais peut être prévue par les conventions collectives (reclassement automatique pour les intolérants au travail posté, retour après maladie ou maternité) ou selon des systèmes d'assurances avec maintien du salaire.
S'il n'existe pas de compensation, il est souhaitable de proposer des siestes ou d'utiliser la lumière pour renforcer les synchroniseurs biologiques. Si le poste est de nuit on propose un éclairage maximal le soir et la nuit, le port de lunettes teintées le matin, et le calfeutrage de la chambre. Si le poste est du matin on propose une exposition maximale à la lumière du matin, à éviter le soir à partir de 17H.

7/ les commentaires de Cinergie

Ne pas passer à côté du diagnostic de narcolepsie en évoquant une nonchalance, une alimentation excessive ou une affection psychiatrique. Ne pas reconnaître la cataplexie est une erreur. Il peut être souhaitable de proposer une aide psychologique.

La contre-indication pour certains postes de sécurité, à risques traumatiques ou accidentels graves devra être posée, après analyse réelle de la situation et la recherche d'aménagement technique. Les arguments conduisant à la décision doivent être bien exposés au salarié.
La responsabilité médico-légale peut-être engagée : il faut prévenir le salarié, lui faire prendre conscience des risques et lui expliquer la loi, en particulier les modifications concernant le permis de conduire (par écrit).

En l'état actuel de la législation, l'information des autorités du permis de conduire est laissée à la sincérité du candidat et le secret médical interdit au médecin traitant, au médecin spécialiste des troubles du sommeil ou au médecin du travail d'informer la commission du permis de conduire d'une pathologie remettant en cause l'aptitude à la conduite. En cas d'accident lors de la conduite d'un véhicule, la responsabilité du conducteur peut-être mise en cause s'il est établi qu'il connaissait sa pathologie et qu'elle n'a pas été traitée.

Tous les médecins qui ont en charge des personnes susceptibles de mettre en danger la vie d'autrui ou leur propre vie par leurs activités professionnelles devraient être formés au dépistage des troubles de la vigilance qui sont très sous-estimés dans la population.

Annexe
L'échelle d'EPWORTH

Calculez votre somnolence avec le score d'Epworth

Dans les situations suivantes, quelle est la probabilité que vous vous assoupissiez ?

  • 0 : jamais,
  • 1 :minime,
  • 2 :modérée,
  • 3 :importante
Situations Score
En lisant  
En regardant la télévision  
En état assis dans un lieu public (réunion, cinéma...)  
En étant passager dans une voiture pendant plus d'1h sans interruption  
En étant allongé pour vous reposer dans la journée  
En étant assis et en parlant à quelqu'un  
En restant calmement assis après un repas sans alcool  
Dans une voiture arrêtée dans le trafic ou à un feu rouge  
SCORE TOTAL  

Résultats :

  • < 9 : Somnolence normale
  • De 10 à 15 : Somnolence excessive légère
  • De 16 à 20 : Somnolence excessive modérée
  • De 21 à 24 : Somnolence excessive importante

Pour en savoir plus

Références bibliographiques

  • BENOIT O., GOLDENBERG F. - Explorations du sommeil et de la vigilance chez l'adulte - Paris
    Editions médicales internationales, 1997 : 428 .
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  • BILLIARD M. Sommeil et éveil . Espace 34, 1997 : 238
  • DELANOE M. - MULLENS E. - Vous travaillez à horaires irréguliers ...voici des conseils pour vous aider. Fascicule plaquette 2000-2001 - Documents à consulter sur hpt://www.SVS81.org
  • DSM IV : Traduction Française par Guelfi - Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux.
  • GAUILLARD JM. Le sommeil - Ses mécanismes et ses troubles - Paris - DOIN , 1990 : 322
  • LAFON (Laboratoires) - Les pathologies de l'éveil - B.P. 22, 94701 Maisons Alfort - (France)
  • LAFFONT F. « Troubles du sommeil, comment s'orienter ? », La revue du Praticien - Médecine générale , t11, N) 369, du 17 février 1997.
  • LEGER D., GUILLEMIMAUT C. -Sommeil, vigilance et travail - Collection de monographie de médecine du travail - MASSON.
  • LEGER D. ; Troubles du sommeil - PARIS - DOIN - éd 2001, 191 p.
  • LEGER D. , B. de LAGICLAIS, DOMONT A. : Syndrome d'apnées du sommeil, somnolence au travail et risques accidentels - Revue de Médecine du travail - 1994, XXI, 3126-130.
  • LEGER D., PAILLARD M. Troubles de la vigilance et conduite automobile - Revue Neurol 2000 ; 155 : 955-957
  • MULLENS E. Sommeil et travail à horaires atypiques - Fascicule destiné aux médecins du travail - 1998
  • MULLENS E. Site internet www.svs81.org
  • PETIAU C, KRIEGER J., « Somnolence diurne pathologique » Rev. Med. Interne, 18 : 210 - 8 Paris, Elsevier 1997.
  • Revue du Patricien - Médecine générale - Dossier : les troubles du sommeil - TIS n° 550 du 21 octobre 2001.
  • VALTAX. Peut-on prévenir les troubles du sommeil. Ed. Arnaud Franel 2001

Symposium - 26éme congrès national de médecine du travail - VIGILANCE ET TRAVAIL - Lille métropole 6-9 juin 2000

Lieux

Associations

  • NICE
    Fédération du sommeil
    30 avenue de la voie Romaine
    B.P. 69
    06002 NICE CEDEX 1
     
  • POITIERS
    Société Française de Recherche sur le Sommeil
    De la Mileterie
    86021 POITIERS CEDEX
     
  • VALGORGE
    Association Française de Narcolepsie - Cataplexie
    Le Village
    07110 VALGORGE
    Tel : 04.75.88.95.39.
Ont contribué à la finalisation de cette fiche :
- Dr AIT-ALI.
- Dr BONNET.
- Dr LEGER
- Dr MULLENS.
- Dr TRELA.

Fiche publiée dans EchoCinergie N°12 - Septembre 2002

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