« Les questions de santé au travail et de préservation de l’employabilité sont des questions qui touchent directement l’évolution de notre société. Les enjeux sont majeurs, nous devons en prendre très vite conscience afin d’organiser nos services, afin de créer des liens plus étroits entre le monde du soin et nous-mêmes, afin d’améliorer nos pratiques pluridisciplinaires en matière de bilan médico-socio-professionnel. »
Un public concerné de plus en plus nombreux

Les associations de personnes handicapées revendiquent désormais un accès normalisé à l’emploi. 700 000 personnes en situation de désadaptation, c'est-à-dire celles qui relèvent d’une restriction d’aptitude, d’un aménagement de poste, ou d’une décision d’inaptitude, sont dénombrées par les SST chaque année dans le secteur privé. Nul doute que l’allongement des durées de cotisation ne fera que faire croître cette population…
La demande sociale autour de la préservation de l’employabilité rejoint la nécessité économique à laquelle doit faire face notre pays : le nombre d’actifs doit être aussi élevé que possible. Les entreprises doivent faire face à une nouvelle situation du fait de la nouvelle approche de la discrimination et du viellissement de la population active Aujourd’hui, toute notion de discrimination est condamnée. Un grand pas est fait vers l’obligation de reclassement. Peu d’entreprises et de médecins du travail en sont conscients, mais, inévitablement, certains licenciements pour inaptitude traités en contentieux aboutiront à des condamnations au titre de la discrimination. Ces litiges relèveront du pénal… les entreprises se trouvent donc dès à présent face à une obligation de recherche d’une solution traçable et lisible.
L’entreprise ne se résume pas à un capital et à un outil de travail, c’est aussi et surtout une somme de compétences. Dans un avenir proche, elle devra réaliser ses prestations avec des personnes qui seront plus âgées, et qui auront donc plus de risques de voir certaines de leurs capacités se réduire. La question de l’amélioration des conditions de travail, de la mise en oeuvre de solutions permettant de faciliter l’accessibilité, devient cruciale.

Nouvelle donne aussi pour les SST

La Loi de 2005 définit une prise en charge globale de la personne handicapée en incluant son devenir professionnel.
La réforme de la santé au travail initiée en 2004 entraîne une réorganisation en profondeur des services de santé au travail autour des besoins des entreprises et des salariés.
Les préconisations du rapport Gosselin, éclairantes pour l’avenir, permettent de placer le médecin de santé au travail dans un rôle d’accompagnant du parcours professionnel des salariés en situation de désadaptation.
A ces 3 points s’ajoute la pression de la quasi « obligation de reclassement », sous-tendue par la Loi sur l’égalité des chances et la non discrimination, qui va amener les entreprises à traiter différemment les inaptitudes au poste de travail.

Si tant est que des messages clairs soient adressés de manière coordonnée par les administrations et les acteurs-relais en direction des services de santé au travail, nous devrions pouvoir « changer de braquet » sur la question de l’emploi des personnes handicapées

La réponse opérationnelle des SST ?

Nos actions devront satisfaire aussi bien la personne elle-même que l’entreprise.
Il s’agira de permettre à tout moment la redéfinition du parcours professionnel et, face à la survenue d’un handicap, ou face à une diminution des capacités en lien avec l’âge, de limiter à des situations extrêmes la décision de licenciement pour inaptitude.
Cette activité devra être présentée par nos services de santé au travail comme un nouveau service aux entreprises.
Nous sommes devenus des médecins de santé au travail, ce qui sous-tend que notre action est aussi bien individuelle que collective, et qu’elle s’intègre dans une équipe de santé au travail.
C’est une évolution importante, qui vient bouleverser les fondements de notre métier ; l’évolution va se poursuivre, les services de santé au travail seront de plus en plus performants, ils contribueront à l’aide à la décision des politiques d’entreprise. Le médecin de santé au travail, dans quelques années, sera un manager, intégrant autant les aspectsmédicaux que les aspects financiers, ou la négociation.
Aujourd’hui, la profession est peu consciente de cela, mais ceux d’entre nous qui sont très attachés à l’approche individuelle trouveront dans la démarche de préservation de l’employabilité une nouvelle voie valorisant le dialogue, l’humanisme et l’éthique. Ils y trouveront certainement des possibilités d’épanouissement et de reconnaissance.

Les limites de l’accompagnement du SST

Nous serons chargés de préserver l’employabilité, et lorsqu’au final aucune solution n’aura été trouvée dans l’entreprise, le service de santé au travail devra poursuivre l’accompagnement des travailleurs dans une démarche de formation, pour le reclassement dans une autre entreprise.
Attention, il n’est pas question de se substituer aux CAP Emploi, dont c’est la mission, mais nous devons aussi être capables de participer à leur côté à la mise en place d’une démarche collective, de travailler en partenariat, l’enjeu véritable, étant pour nous la réalisation d’un bilan médico-socio-professionnel. Chaque personne en situation de désadaptation doit pouvoir bénéficier de cette prestation, qui comporte un bilan des capacités fonctionnelles de la personne, tâche qui incombe au médecin de rééducation fonctionnelle, un bilan des contraintes du poste de travail, avec l’ergonome, un bilan social, avec l’intervention d’une assistante sociale, et enfin un bilan de synthèse, pour lequel le médecin du travail sera sollicité. Un travail en équipe doit permettre de professionnaliser les démarches de maintien dans l’emploi, et de faciliter la mise en relation avec des organismes pour un accompagnement destiné à définir de nouvelles capacités professionnelles chez le salarié.

De nouveaux partenariats pour les SST

Il me parait essentiel qu’un rapprochement technique, opérationnel, s’effectue rapidement entre la médecine de réadaptation fonctionnelle et la santé au travail. Nous travaillons sur un panel de prestations au service des médecins de santé au travail, que ce soit pour obtenir un bilan des capacités des patients atteints de dorso-lombalgies chroniques, pour évaluer les séquelles d’un accident, d’une maladie invalidante, mais aussi pour orienter vers une démarche de réadaptation les salariés qui pourraient y trouver un bénéfice clinique. Ce dispositif, qui sera initié au niveau du Nord -Pas-de-Calais, sera ensuite proposé au niveau national : une convention a été passée à cet effet entre Cinergie et Comète France.

Des partenariats à vocation nationale, signes d’ouverture

Cette convention, placée sous le haut patronage du Président du Conseil national de l’ordre des médecins est le signe que le rapprochement que nous souhaitons entre le monde de la santé au travail et le monde du soin, autour et dans l’intérêt du patient, est considéré comme positif et porteur d’avenir. Le fait que le Délégué interministériel aux personnes handicapées, Patrick Gohet, ait été présent, montre que les pouvoirs publics sont tout à fait conscients del’enjeu majeur que constituent ces orientations… une autre preuve de ces avancées est constituée par le fait que, dans la convention entre l’Agefiph et l’Etat, trois référents techniques aient été cités : l’Anact, Comète France et Cinergie. Une passerelle est lancée, et les premiers bénéficiaires sont toutes celles et ceux qui sont confrontés au handicap ; à nous, médecins de santé au travail, de nous ouvrir aux autres professionnels de santé.

Résumé extrait de l’interview de Thierry Hennion, Président de Cinergie fait par S. Vanderbush de l’ISTNF

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Thierry Hennion, Président de Cinergie s'est entretenu pour l'ISTNFth